La danse peut-elle être subversive ? par Alexia Psarolis

 

La danse met en scène le monde, s’en imprègne, le reflète, mais ne se limite pas, selon Sally Banes, à ce rôle mimétique. L’historienne américaine du théâtre et de la danse juge réductrice cette théorie de la culture-miroir développée par les historiens et considère que l’art chorégraphique peut également être facteur de changement. L’Histoire nous fournit quelques exemples de cette fonction performative de la danse – au sens linguistique, c’est-à-dire quand l’énonciation correspond à l’accomplissement d’une action – et de sa propension à agir sur le monde. (Au XVIe siècle, Catherine de Médicis utilise les ballets à des fins politiques. Au XVIIIe siècle, les ballets délivrent un enseignement moral.) « La danse est une arme » clamera-t-on de l’autre côté de l’Atlantique. C’est le slogan que brandissent avec véhémence les danseuses du New Dance Group. Fondé en 1932 à New York par six étudiantes en danse moderne, ce collectif (actif jusque dans les années 50) considère la danse comme une arme dans la lutte des classes et aborde dans ses créations des questions tant politiques que sociales. Lire article de Roland Huesca.

Créer pour changer le monde ?

Dénoncer, remettre en question, provoquer. Créer pour changer le monde, credo soixante-huitard ? Durant les années 70, célèbres pour leur parfum libertaire, les artistes chorégraphiques s’organisent en collectif, en Europe comme aux États-Unis. De la danse moderne et post-moderne à l’époque contemporaine, cet engagement qui trouve toujours écho aujourd’hui. Des exemples ? Les Indignés, Podemos, Syriza, Nuit debout… Ces mouvements politiques et/ou citoyens qui ont récemment émergé en Europe ont fait souffler un vent nouveau. Places prises d’assaut, campements de fortune, groupes de réflexion : la résistance s’est organisée nuit et jour pour redonner du sens au mot « démocratie »… avec un succès inégal et la gueule de bois des lendemains de fête. Lire article de Jean-Marc Adolphe.

Engagement et corps dansant

Du point de vue des artistes, comment l’engagement s’incarne-t-il dans le corps dansant ? Touchées par l’actuelle crise des migrants et par toutes les injustices, Lisa Da Boit et Céline Curvers, de la compagnie Giolisu, mènent leur combat avec constance, là où frappe le non-respect de l’être humain, qu’il soit homme ou femme, d’ici ou d’ailleurs. Résistance et insoumission ne sont pas à porter au seul crédit des artistes ; les programmateurs révèlent également au travers de leurs choix une certaine idée du monde. Antoine Pickels, artiste, écrivain et curateur, partage son témoignage, riche de ses expériences, lui qui fut directeur artistique du festival Trouble aux Halles de Schaerbeek, dédié à la performance, et qui, aujourd’hui, programme l’événement SIGNAL, consacré à l’art vivant dans l’espace public. Lire l’entretien de Lisa Da Boit et Céline Curvers et l’article d’Antoine Pickels.

Créations au discours politique latent ou manifeste, débats dans les centres culturels… c’est dire si, loin de rester impassible face aux troubles du monde, le secteur chorégraphique draine en son corps des effluves d’insoumission. En ce début de XXIe siècle troublé, sur scène ou dans l’espace public, la danse essaie de se faire entendre. Contestataires ou subversives, ces postures qui s’affirment aujourd’hui sont-elles pour autant toujours audibles ?

 

 

 

 

Une réflexion au sujet de « La danse peut-elle être subversive ? par Alexia Psarolis »

  1. De la résistance, nous en faisons tous, artistes, chorégraphes, professeurs, directeurs, car rien n’est facile pour faire respecter l’ART DE LA DANSE. Mais il faut associer nos compétences et cesser de râler, montrer quelque chose de solide qui devienne indispensable à notre société! C’est là, le vrai génie, car critiquer et agresser par le mot n’a jamais rien fait naître, que de la rancoeur augmentée!
    Les politiques bloquent, peut être, mais la qualité chorégraphique, pédagogique doivent être assurées: or sur ce plan, il y a encore un chemin d’humilité à parcourir, et un investissement à long terme à prévoir dans la matière artistique. Trop de superficialité et de médiocrité dans la danse amateur qui est très développée en nombre de pratiquants, mais peu représentative de la culture attendue. Des cloisonnements, des compétitions qui servent soulever des rivalités ou entretenir un commerce juteux dans l’illusion de la réussite; on flatte, on récompense, on valorise, ….. Dans un autre monde, celui de la réalité professionnelle, on ouvre les yeux, on travaille dans l’infime détail, sans bravo ni médaille, en sachant que l’on ne sera jamais le meilleur car la danse n’est pas une note acquise, mais un grand escalier sans fin que l’on gravit élève, étudiant, danseur, professeur, et que c’est la remise en question et l’humilité qui nous feront avancer vers cette réalité. Alors allons-y, sans faillir ……

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